Foedus adopte une position strictement anti-révolutionnaire. Cette position n’est ni nostalgique ni conservatrice au sens faible du terme. Elle procède d’une critique théologique, historique et anthropologique de l’idéologie révolutionnaire moderne, inaugurée à la fin du XVIIIᵉ siècle et prolongée jusqu’à nos jours sous des formes politiques, culturelles et morales multiples. Foedus s’inscrit explicitement dans la lignée de Guillaume Groen van Prinsterer, Julius Stahl, Edmund Burke, Abraham Kuyper, Pierre Chaunu et Jean-Marc Berthoud.
La Révolution comme rupture métaphysique
Foedus ne réduit pas la Révolution à un événement historique daté.
La Révolution moderne est une rupture métaphysique : elle substitue à l’ordre reçu un ordre construit, à la loi transcendante la volonté humaine, à la continuité historique l’idéologie du commencement absolu.
La Révolution ne réforme pas : elle refonde en niant.
Souveraineté humaine contre souveraineté divine
Le cœur de l’idéologie révolutionnaire est le déplacement de la souveraineté.
Ce qui relevait de Dieu et de l’ordre moral objectif est transféré à l’homme, au peuple abstrait ou à l’État.
Dans cette logique :
– la loi n’est plus reçue mais produite,
– le droit n’est plus découvert mais décrété,
– la justice devient évolutive,
– la morale devient relative.
Foedus affirme que toute société qui rompt avec la souveraineté de Dieu s’expose à l’arbitraire.
Illusion du commencement absolu
La Révolution prétend recommencer l’histoire à zéro.
Elle détruit les médiations naturelles : famille, coutumes, traditions, corps intermédiaires, héritages juridiques et religieux.
Foedus affirme que l’homme ne se crée pas lui-même et qu’une société qui prétend s’auto-engendrer se condamne à l’instabilité permanente.
Violence structurelle du projet révolutionnaire
L’idéologie révolutionnaire porte en elle une violence structurelle.
Lorsque la réalité résiste à l’utopie, elle doit être rééduquée, réformée ou éliminée.
L’histoire montre que la Révolution engendre :
– la persécution religieuse,
– la terreur morale ou politique,
– la destruction des libertés concrètes au nom de libertés abstraites.
La violence n’est pas un accident : elle est la conséquence logique du projet.
Contre l’idéologie du progrès linéaire
Foedus rejette la croyance révolutionnaire dans un progrès nécessaire et irréversible.
L’histoire humaine est marquée par la chute, la responsabilité et la fragilité morale.
Le progrès technique n’implique ni progrès moral ni progrès spirituel.
La foi chrétienne enseigne la vigilance, non l’optimisme historique.
Réforme contre révolution
Foedus distingue rigoureusement réforme et révolution.
La réforme procède par continuité, discernement, correction et fidélité à l’ordre reçu.
La révolution procède par rupture, abstraction et table rase.
La tradition réformée est profondément anti-révolutionnaire : elle réforme à partir de l’héritage, elle ne détruit pas pour reconstruire.
Institutions, limites et responsabilité
L’anti-révolutionnarisme affirme la valeur des institutions héritées, imparfaites mais structurantes.
Il reconnaît la nécessité des limites, des freins et des contre-pouvoirs.
Une société sans limites est une société livrée à la volonté la plus forte.
Christianisme et anti-révolution
Foedus affirme que l’anti-révolutionnarisme découle directement de la foi chrétienne.
La Révélation biblique s’oppose à toute prétention humaine à se faire législateur ultime du bien et du mal.
Le christianisme ne promet pas l’avènement du Royaume par l’histoire, mais appelle à la fidélité dans l’histoire.
Actualité de l’anti-révolution
L’idéologie révolutionnaire ne s’est pas éteinte.
Elle se manifeste aujourd’hui dans :
– l’ingénierie sociale,
– la déconstruction anthropologique,
– le juridisme sans fondement moral,
– la négation des héritages culturels,
– la suspicion envers toute continuité.
Foedus considère que ces phénomènes sont les fruits cohérents de la matrice révolutionnaire.
Position de Foedus
Foedus adopte une position strictement anti-révolutionnaire.
Nous rejetons l’idéologie de la table rase, le mythe du progrès nécessaire, la souveraineté humaine absolue et la refondation permanente des normes.
Nous affirmons la continuité historique, la souveraineté de Dieu, la loi morale objective et la réforme patiente plutôt que la rupture idéologique.
Finalité
Cette position vise à rappeler que la liberté véritable ne naît pas de la destruction des héritages, mais de leur juste transmission. Elle appelle à une fidélité lucide, consciente de la chute, respectueuse des limites, et résolument opposée aux utopies qui promettent la justice au prix de la réalité humaine.
Table comparative : réforme / révolution / conservatisme
| Axe | Réforme (sens réformé) | Révolution | Conservatisme figé |
|---|---|---|---|
| Rapport au passé | Héritage reçu et évalué | Rupture, table rase | Sacralisation du passé |
| Fondement normatif | Loi de Dieu, vérité objective | Volonté humaine | Coutume non questionnée |
| Méthode | Correction patiente | Refondation radicale | Immobilisme |
| Rapport au temps | Continuité critique | Commencement absolu | Fixation |
| Vision de l’homme | Créature déchue mais responsable | Homme perfectible par système | Homme inchangé |
| Rapport à l’autorité | Autorité limitée et responsable | Autorité idéologique | Autorité héritée non interrogée |
| Rapport à la loi | Loi reçue, purifiée | Loi fabriquée | Loi conservée sans discernement |
| Risque principal | Lenteur, tensions | Violence, totalitarisme | Fossilisation |
| Compatibilité chrétienne | Élevée | Nulle | Partielle |
Position Foedus : réforme dans la continuité, contre la rupture révolutionnaire et contre l’immobilisme conservateur.
Pourquoi la Réforme protestante n’est pas une révolution
La Réforme protestante est souvent assimilée, à tort, à une révolution religieuse. Cette lecture projette sur le XVIᵉ siècle des catégories politiques modernes qui lui sont étrangères.
La Réforme n’est pas née d’une volonté de rupture radicale avec le christianisme ancien, mais d’un effort de réforme interne, doctrinale et spirituelle, face à des dérives réelles de l’Église médiévale.
Une réforme fondée sur l’autorité reçue
La Réforme ne part pas de la souveraineté humaine, mais de l’autorité de la Parole de Dieu.
Martin Luther comme Jean Calvin se présentent non comme des fondateurs, mais comme des serviteurs de l’Écriture.
Ils ne prétendent pas créer une Église nouvelle, mais restaurer la fidélité de l’Église à sa source.
Continuité doctrinale
La Réforme confesse :
– la Trinité,
– la christologie des conciles anciens,
– la foi de l’Église indivise.
Elle ne rejette pas la tradition en bloc, mais distingue tradition reçue et tradition corrompue.
La révolution détruit l’héritage ; la Réforme le trie.
Absence de table rase
La Réforme ne cherche pas à abolir :
– les institutions,
– le droit,
– l’ordre social,
– l’autorité politique.
Elle appelle à une purification doctrinale et morale, non à une refondation totale de la société.
Les violences associées à la période relèvent de contextes politiques complexes, non de la logique interne de la Réforme.
Opposition au mythe du progrès
La Réforme ne promet aucun avenir radieux produit par l’histoire.
Elle rappelle la chute, le péché et la nécessité permanente de repentance.
Cette lucidité anthropologique est l’exact opposé de l’utopie révolutionnaire moderne.
Conclusion
La Réforme est une réforme contre-révolutionnaire avant la lettre.
Elle réforme par retour à la source, non par invention.
Elle corrige par fidélité, non par rupture.
Assimiler la Réforme à une révolution, c’est méconnaître à la fois l’Évangile et l’histoire.
Charte Foedus – Continuité, héritage et responsabilité
Foedus affirme que la fidélité véritable s’inscrit dans la continuité et non dans la rupture idéologique.
Nous croyons que l’homme ne se crée pas lui-même, ni individuellement ni collectivement.
Il reçoit une histoire, une culture, des institutions et une loi morale qui le précèdent.
Nous rejetons l’illusion du commencement absolu et de la table rase.
Toute société qui prétend se refonder sans héritage se condamne à l’instabilité et à la violence.
Nous affirmons la valeur des héritages religieux, culturels et politiques, non comme des absolus intouchables, mais comme des biens à discerner, transmettre et parfois réformer.
Nous distinguons clairement réforme et révolution.
La réforme corrige dans la continuité ; la révolution détruit pour reconstruire selon une abstraction.
Nous confessons la souveraineté de Dieu sur l’histoire.
Aucune génération n’est propriétaire du bien et du mal.
Nous appelons à une responsabilité politique, culturelle et spirituelle enracinée, patiente et lucide, consciente de la chute, respectueuse des limites et hostile aux utopies.
Foedus choisit la fidélité plutôt que la rupture, la transmission plutôt que la déconstruction, la réforme plutôt que la révolution.
– une table comparative : réforme / révolution / conservatisme,
– une page « Pourquoi la Réforme protestante n’est pas une révolution »,
– ou une charte Foedus « Continuité, héritage et responsabilité », très cohérente pour clore ce cycle.